YVES MAKODIA

Au carrefour de la culture, de la littérature et de la poésie

Archive pour mai, 2010

Un poète africain est né

Posté : 30 mai, 2010 @ 3:18 dans Non classé | 2 commentaires »

Y

Dame DIOP vient de mettre au monde son premier enfant «littéraire » après un flot    ininterrompu de multiples pamphlets politiques publiés dans le net et les journaux de son  pays natal. D’origine Sénégalaise, l’étudiant signe chez Edi livre un excellent et savoureux recueil de poésie qui retrace sa vie. Un ouvrage autobiographique aux accents africains et aux couleurs hexagonales. Une pérégrination qui met en lumière l’homme pensif en symbiose avec la nature naturelle dans sa réalité exubérante. Une trajectoire intime, lyrique et pudique qui conduit aux confins de la vie et aux cimes inconnues de la mort.    

L’auteur nous relate en vers libres sa relation profonde avec sa mère emportée dans l’au-delà supérieur. Cette mère complice et attentionnée morte à la fleur de l’âge. Dans un monologue ponctué de cris, de pleurs, de larmes, de souffrances et de joies, il nous entraine au tréfonds de son âme meurtrie et blessée. Emporté par les tumultueuses vagues de solitude de l’océan terrestre, il médite, soliloque, dialogue, communique, échange avec l’esprit vivant de sa mère dans l’autel de son cœur. Une forme de relation  médiumnique que l’auteur chagriné entretient avec cette âme immortelle. Dans ce tête- à-tête invisible avec celle qui incarne l’arbre de vie, Dame DIOP symbolisant la fleur nous livre ouvertement ses pensées, ses sentiments, ses passions, ses rêves depuis l’aube de sa vie dans la ville de Rufisque jusqu’à la métropole. 

 Un style limpide   

C’est un recueil poétique dual qui synthétise sa vie d’alors et celle d’aujourd’hui en terre française. D’où l’étonnant et atypique titre : « Les rêves de la fleur suivis du regard d’un homme émotif ».A la lecture minutieuse de l’ouvrage, un sentiment unique se dégage de ce florilège, écrit dans un style simple, limpide et agréable à lire: un poète africain est né dans le sillage de Senghor et dans la sublime pensée poétique de Verlaine.

  » Un poète est né
Hommage à Senghor
Chantre de la Négritude
Et gloire à Verlaine
Prince des poètes
Dans la versification libre
L’Afrique chante
L’arbre depuis l’au-delà supérieur
Savoure la victoire
De sa plus belle fleur épanouie
Qu’elle a tant aimée
Et présageait l’avenir radieux
Déjà  à la métropole
comme un messager
De la nature
Et du temps qui passe ».   

L’auteur né écrit, d’emblée, «  Le réveil » (p.25) en pensant à l’arbre rayonnant:  

 Nous sommes seuls

L’arbre, fleuri, parfumé 

Tomba au milieu du printemps, Aux premières lueurs

 Du jour. 

L’œil du Maitre   

L’éminent professeur Marc Marti résume l’œuvre achevée de son disciple en ces termes : « les rêves de la fleur disent la simplicité, les sentiments, l’amitié, l’amour, la douleur, la peur ». Et de poursuivre: « le naturel des images nous fait revenir aux origines…la fleur a grandi. Elle devient politique, elle s’éloigne de l’arbre. Le monde de la matrice s’efface et laisse quelques nostalgies, des parfums » (p.10).  «Le regard d’un jeune homme émotif continue le voyage. La fleur a laissé la place au « je »… Les poèmes disent le souvenir de ce qui fait murir » (p.10). Dame DIOP, en foulant la mère patrie, il découvre avec son regard africain l’âme de la citée phocéenne (p.116) et la beauté de Nissa la Bella (p.117). Les vers d‘hier imbibés de sève de l’arbre renaissant laissent la place aux envolées politiques et sociales, orientées par un engagement intellectuel pour  combattre l’injustice sociale. La tendre nostalgie se mêle à la douleur du deuil d’hier. L’exil envahit sa création poétique et le claquemure dans une nouvelle vie estudiantine jonchée de joie, de doute, de peur et d’incertitude aussi. Le jeune émotif s’éloigne de l’ancien univers constellé d’étoiles de rêves et jalonné de sublime source d’inspiration profonde. L’auteur cesse d’être en syntonie avec l’entité maternelle dans sa rêverie éprise. Dans cette métamorphose ou changement de prisme éclairant l’âme de la fleur, le professeur conclut:« son identité et ses passions se révèlent à lui-même et au lecteur » (p.11). Comme la mue…l’arbre à donner ses racines, sa sève, ses fleurs. Les fruits ont généré d’autres plantes et d’autres fleurs…Tel est le sens profond de la vie du donner et de recevoir…et surtout de la vision idéale de naitre et devenir soi-même. Dans l’identification et l’affirmation. 

La voix d’une amie  

Mais l’œuvre méditative de Dame DIOP est aussi une thérapie et une libération totale de l’âme éplorée, frappée par une douleur épreuve de séparation avec sa mère. Celle qui représentait tout, qui symbolisait tout et idéalisait tout. A ce propos son amie souligne fort justement : «  Je comprends ce besoin d’écriture comme exutoire à un profond traumatisme que fût le décès de ta maman et je ne peux que le saluer. J’espère sincèrement que cette “thérapie” fût libératrice pour toi et que ce deuil si douloureux a pu s’achever. En attendant cette publication, bravo pour le courage d’avoir couché sur papier les plus intimes ressentis de cette pénible épreuve ».     

Dans le même ordre d’idées, j’ajoute sans ambages: « Bravo! Dame DIOP. Vous êtes incontestablement l’héritier poétique de Senghor. Veuillez continuer à fleurir en pensant à votre arbre d’amour infini et d’inspiration incommensurable. Que tous les baobabs et sages d’Afrique vous aident dans cette gigantesque œuvre de création poétique. Une porte lumineuse vient d’être ouverte par le biais de ce joli récit venu des recoins insondables des régions lointaines et mystérieuses de votre monde, de votre rêve intérieur. C’est un ouvrage de régénération et de rénovation rédemptrice. Un antidote et un baume qui guérissent vos affres, vos souffrances, vos douleurs et vos peines invisibles exprimées, ressenties, vécues en l’absence de celle qui a été et restera à tout jamais votre source intarissable: votre tendre et aimable mère déjà de l’autre coté de la rivière éternelle…».   

Dictionnaire des œuvres littéraires Congolaises

Posté : 5 mai, 2010 @ 3:40 dans Non classé | 7 commentaires »

noel1.jpg

 «Dictionnaire des œuvres littéraires Congolaises» tel est le titre du nouvel ouvrage de l’écrivain Noel Kodia Ramata (NKR). Il signe un livre de référence et de qualité indéniable qui vient apporter un nouvel éclairage dans la compréhension du paysage littéraire congolais peuplé d’une pléiade des écrivains connus et ignorés.          

 Dans cet ouvrage panoramique, l’auteur exhume les œuvres des écrivains disparus dont leurs personnages encore vivant dans la mémoire collective continuent de nous parler, de nous accompagner, de nous guider et ensuite il sort dans l’ombre de la nuit des œuvres des écrivains inconnus dont la plume scintillante mérite leur place de choix au panthéon, au musée de la littérature congolaise rayonnante.      

En effet, il montre d’abord l’itinéraire suivi par la littérature Congolaise et ensuite, après un bref rappel historique et culturel, l’auteur procure au lecteur une présentation du Congo suivie d’une série de repères chronologiques, annexes et index des auteurs. Singulièrement, il insère une bio-bibliographie des auteurs cités, il établit les morceaux choisis des dix premiers grands romanciers et nouvellistes et introduit quelques articles publiés dans divers magazines.    

     Mine d’or    

Ce faisant, il fait un voyage dans le temps en montrant l’historicité du phénomène littéraire Congolais dans sa globalité. Dans cette relecture et odyssée intérieure de la littérature congolaise, l’auteur nous fait découvrir des véritables chefs d’œuvres de notre patrimoine enfoui dans les méandres de l’oubli et nous fait plonger dans les profondeurs des eaux miroitantes où demeurent les magnifiques livres des anciens qui ont donné à la littérature congolaise ses lettres de noblesse. A ce sujet le Préfacier Jacques Chevrier parle de « gisement » que Noel Kodia nous convie dans son Dictionnaire des auteurs et des œuvres Congolais dont la production s’échelonne de 1954 à 2005 (p.9). Avec cette extraordinaire fouille romanesque, NKR extrait de notre terreau fertile les mines d’or d’une culture infinie, éternelle qui regorge encore des livres oubliés et des mystérieuses œuvres anonymes.     

     Perspectives évolutionnistes  

Du père fondateur jean Malonga à Tati Loutard en passant par Sony Labou Tansi et d’autres, l’écriture congolaise s’est aiguisée, développée au fil des âges et des apparitions des romans, des récits, des nouvelles qui relatent notre monde et tous les visages qui le composent, toutes les peines qui les assaillent et les joies qui les habitent. Les romans et récits congolais sont en général le reflet de la société dans laquelle ont évolué ou évoluent leurs auteurs (p.19). Ils racontent aussi nos us et coutumes et transmettent la culture à d’autres peuples du monde dans un langage parfois « décalé» dérivé de notre monde coloré. Au niveau de l’écriture se remarquent la congolisation de certains mots français et l’utilisation ou la francisation de quelques expressions et mots du vocabulaire du terroir (p.45). Une écriture façonnée, ciselée par les mots et les images issus de l’intériorité du créateur lui-même dans sa folie singulière qui bouleverse les normes littéraires existantes. A ce propos NKR souligne fort justement:« En bouleversant la technique traditionnelle soutenue jusque-là par la majorité des prosateurs congolais, Sony Labou Tansi, Henri Lopez et Tchicaya U Tam’SI peuvent être considérés comme les nouveaux romanciers de notre pays (p.20).         

De plus, cette singulière écriture est venue de l’âme et de l’esprit… Le tout baigné dans un univers alambiqué, symbolique et métaphorique qui domine la création littéraire et artistique. Une invention qui frôle à la fois la dérision, l’illusion, la critique, la morale, le surnaturel… et la foi noyée dans la raison qui déborde. Une philosophie romanesque à la croisée des chemins lyriques propres aux africains et des sentiers ou courants littéraires venus d’ailleurs. Un enrichissant mélange, national et universel, habite incessant les talentueux et incontournables romanciers et nouvellistes congolais d’hier et d’aujourd’hui vivant à l’étranger.        

Tous les auteurs du temps écoulé et d’aujourd’hui se retrouvent au carrefour des faits socio-politiques et se séparent dans la conception de la vie, de la mort, de l’amour, de la beauté, de la maladie… et vision même de la guerre, de la liberté, de la démocratie et du développement. Ces thèmes majeurs que les prosateurs congolais aux styles multiples ont développés durant une cinquantaine d’année pour laisser au monde leurs œuvres singulières.       

    Echantillon d’écrivains

A cet effet, l’auteur cite dans son recueil: «  Afin que tu te souviennes d’Emilie Flore Faignond (p.56);  Au-delà des mots de Gaspard Kindemba (p.73) ; Au plus près de Brazza de Michel Odika (p.74) ; Calvaire d’Elise de Valette Bizol’ Ntim (p.99); chemins croisés d’Aphonse Nkouka (p.113); Chômeur de Brazzaville de Pierre Biniakounou (p.118); Cœur en exil de Jeannette Balou Tchitchelle (122) ; Le Pacte des Contes de Philippe Makita (p.317); La piste des gorilles d’Azaad Manté (p.330); Saison des criquets de Ferdinand Kibinza (p.349); Le Triomphe de Magalie de Calissa Ikama (p. 390); La Vache laitière Miroir du sous développement de Noëlle Bizi Bazouma(p.393) ; … »         

Avec ce dictionnaire NKR présente un manuel didactique qui sert de base et de référence   aux chercheurs, aux enseignants, aux élèves, aux étudiants et finalement il servira, à celles et ceux qui aiment lire, de bréviaire littéraire, de vade-mecum où ils découvriront à chaque page une lettre correspondante à un titre de roman d’un écrivain qui lui amènera dans son propre univers imaginé.           

En somme, il nous livre les secrets du patrimoine culturel congolais dans sa variété, sa singularité et sa diversité. Un excellent condensé littéraire d’une grande richesse qui aide à comprendre et à saisir les auteurs qui le composent et qui nous accompagnent inexorablement dans notre vie et qui sont les témoins éloquents de notre l’histoire et de notre société qu’ils ont su photographier, relater, conter, exprimer et transmettre avec une maitrise de bon aloi et talents certains. Enfin, ce dictionnaire est une occasion pour immortaliser les grandes figures de notre littérature qui nous ont quittés (p.26)     

    L’avant-garde

 A travers ce gigantesque travail de recherche minutieux et d’orfèvre à fortiori, NKR donne l’image de sa personne généreuse et affable. Il transmet, à foison, la moisson d’une littérature congolaise d’avant-garde et bâtisseuse. Une fécondité et prolifération des œuvres monumentales qui ont donné au monde les flammes lumineuses issues d’une ribambelle d’écrivains chevronnés et bouleversants. A l’image de Guy Menga, d’Henry Lopez,  Emmanuel Bounzéki Dongala, de Jean Baptiste Tati Loutard, de Sony Labou Tansi , Daniel Biyaoula et d’Alain Mabanckou, ces grandes figures emblématiques de notre chère littérature incandescente qui ont su hisser le drapeau congolais au firmament de l’histoire de la littérature mondiale et qui ont par ce fait décrocher des prix littéraires prestigieux pour donner à l’écriture Africaine francophone, l’image coruscante que l’on attend d’elle.          

Cette consécration manifeste est née à l’aube des années 60. L’auteur précise en ces termes : « les prosateurs congolais se sont surtout fait remarquer à partir de 1969. Des nombreux prix leur seront octroyés… » (p.23).        

En somme, c’est une littérature originelle construite autour de la « phratrie » congolaise dans l’inspiration et la création communes. Une philosophie du groupe, à l’image de nos valeurs pérennes, qui a su élever l’écriture congolaise et modeler ses œuvres en lui donnant une dimension fraternelle et universelle.   Il apparait amplement que la prose narrative congolaise de l’époque 1954 à 2005 considérée comme le premier âge d’or, reste la meilleure incontestablement dans le mélange et le foisonnement, dans  la fécondité et la diversité des ses auteurs talentueux et fort reconnus par leurs styles épatants.   A ce sujet, on peut affirmer ensemble avec Alain Rouch et Gérard Clavreuil lorsqu’ils jugent de manière laudative la littérature congolaise abondante par ses lignes:   « la littérature congolaise compte actuellement parmi les meilleures, les plus prolifiques et les homogènes d’Afrique noire » et plus encore avec Roger Chemain lorsqu’il précise que le Congo: «compte le plus fort pourcentage d’écrivains par rapport à l’ensemble de la population » (p.18).        

 

Français sans fautes |
le livre du loup |
euh....vraiment n'importe q... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Avec mon coeur, mes mots et...
| Et toi tu lis quoi ?
| Mes Créations Cya