YVES MAKODIA

Au carrefour de la culture, de la littérature et de la poésie

Archive pour septembre, 2011

« L’expression du métissage dans la littérature africaine » (1) de Liss Kihindou

Posté : 8 septembre, 2011 @ 1:05 dans Non classé | Pas de commentaires »

 « L’expression du métissage dans la littérature africaine » (1) de Liss Kihindou

La critique littéraire s’affirme au Congo. Et cela vient une fois d’être prouvé par Liss Kihindou qui, après plusieurs critiques dans la presse et sur la Toile, vient de publier un ouvrage intéressant pour la relecture de quelques classiques francophones qui posent le problème du métissage sur fond d’une écriture « brûlée par les rayons des soleils des indépendances ».

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Trois romans, L’Aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane, Le Lys de le Flamboyant d’Henri Lopes et Les Soleils des indépendances d’Ahmadou Kourouma sur lesquels se fonde une étude sur un sujet pertinent qui construit un pont entre trois livres et deux cultures, voilà la quintessence scientifique que nous propose Liss Kihindou. Le métissage dans la littérature, un thème révélateur dans le choc des cultures que nous révèle la littérature africaine d’après les indépendances. Rencontre du Blanc avec le Noir, rencontre des langues africaines avec le français sont étudiées sous l’angle culturel, ethnologique et linguistique ; une relecture de trois noms de la littérature africaine d’expression africaine. 

I.                    Métissage culturel 

Avec la rencontre de deux cultures dont la première (occidentale) domine la seconde (africaine), se réalise au niveau du continent « l’occidentalisation » dont parle Cheikh Hamidou Kane dans son ouvrage. Aussi Liss Kihindou nous rappelle ces propos d’un personnage de l’auteur : « L’école où je pousse nos enfants tuera en eux ce qu’aujourd’hui nous aimons et conservons avec soin, juste titre ». Aussi la métamorphose que subit l’Africain en contact de l’Occident est définie par le personnage de Samba Diallo qui se confronte à la loi de l’école occidentale. Il devient par la suite une sorte d’ « hybride culturel ». Et la situation de Samba Diallo fait écho à celle de Karim d’Ousmane Socé. Karim, une âme qui veut briser l’antagonisme qui existe entre modernité et tradition, antagonisme crée par le métissage culturel. À travers son étude, Liss Kihindou nous révèle que Samba Diallo et Karim nous « donnent » deux exemples de romans africains qui signifient le métissage culturel à travers leur voyage en ville, à la rencontre du milieu occidentalisé.   

II.                  La symbiose des populations blanche et noire 

Le roman le plus pertinent dans cette étude est Le Lys et le Flamboyant d’Henri Lopes car écrit par un métis qui met en scène quelques personnages métis. Et se révèle dans ce roman la difficulté de vivre son métissage. Comme le précise Liss Kihindou, « à cause du regard antipathique dont il est l’objet, le métis a du mal à concevoir son métissage comme un avantage ». En quête d’identité, le métis est souvent rejeté par les deux communautés (noire et blanche) dont il est issu malgré lui, d’où la création d’une autre communauté, celle des métis, souvent repliée sur elle-même. Une double identité se remarque chez les métis : il est Blanc pour les Noirs et Noir pour les Blancs. Devant ce rejet par les deux communautés, le métis se trouve confronté à un autre combat situé dans le choc de la communication langagière. Se crée alors un métissage communicationnel, d’où cette remarque de Liss Kihindou : « Le roman africain contemporain voit se développer une langue française où retentit la parole africain ». 

III.                Le métissage au niveau du langage 

La rencontre des cultures africaine et  française à travers l’école qui se fonde sur l’écriture comme un instrument du raconté. Avec l’école des Blancs, l’Africain passe de l’abstrait de l’oralité au contrait de l’écriture. Aussi, les langues africaines s’intègrent dans les textes écrits essentiellement en français. Et ce fait se développe dans la mesure où les écrivains africains se confrontent à moult difficultés pour traduire les réalités du terroir. Se pose le problème de la traduction des langues orales africaines en français de texte écrit. D’ailleurs Liss Kinhindou est plus explicite à ce sujet quand elle affirme que « la traduction est un exercice des plus délicats car il ne suffit pas de traduire le mot, il faut aussi pouvoir faire passer dans la langue de traduction l’esprit de la pansée, sa force, sa vitalité ». Ainsi, remarquons-nous l’intrusion des mots africains dans les textes des romans pris comme corpus d’analyse. Avec « l’oralisation » de l’écriture, comme on le constate dans Les Soleils des indépendances et Le Lys et le Flamboyant, se dégage dans ces textes l’affirmation du moi africain qui se retrouve à cheval entre l’oralité africaine et l’écrit français. On peut affirmer sans ambages que ce métissage langagier a donné naissance à des africanismes et néologismes qui caractérisent la littérature africaine d’expression française. 

Pour conclure  

L’expression du métissage dans la littérature africaine, une analyse qui révèle la pertinence des langues africaines dans la littérature rendue en français. Et le métissage dont fait allusion Liss Kihindou est un phénomène de l’affirmation de la civilisation africaine longtemps négligée par l’Occident. Avec ces trois auteurs ayant vécu l’ère colonial et subi les soleils des indépendances, est née une écriture métissée qui s’est imposée au fil des jours dans la littérature dite francophone. Et le mérite de Liss Kihindou est d’avoir explicité cette richesse scripturale acceptée de nos jours dans la littérature de langue française, les dictionnaires modernes ayant reconnu certains africanismes, à l’instar de quelques particularités langagières d’autres pays francophones comme la Belgique et le Canada. Ce livre, un véritable document dans la recherche sur les littératures africaines. 

Noël KODIA 

(1) Liss Kihindou, L’expression du métissage dans la littérature africaine : 

 

Cheikh Hamidou Kane, Henri Lopes et Ahmadou Kourouma, L’Harmattan, coll. Ecrire l’Afrique, Paris, 2011, 92p. 11 euros.

 

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